Photo: Jose Rodriguez Ortega / Pexels / Pexels LicenseFrance — Alpes
La Route des Grandes Alpes à moto : du Léman à la Méditerranée en cinq jours
Les temps forts
- Col de l’Iseran (2 764 m), le plus haut col routier de passage des Alpes
- Le Télégraphe, le Galibier (2 642 m) et le Lautaret face aux glaciers de la Meije
- Col d’Izoard (2 360 m) et le paysage lunaire de la Casse Déserte
- Col de la Bonette (2 715 m) et la boucle de la cime à 2 802 m
- Le col de Turini puis la descente sur Menton et la mer
Il y a des routes que l’on fait une fois et dont on parle ensuite pendant des années. La Route des Grandes Alpes en fait partie. Du bord du lac Léman aux plages de Menton, elle traverse les Alpes françaises du nord au sud sur environ 700 kilomètres, en franchissant plus d’une quinzaine de cols, dont plusieurs au-dessus de 2 000 mètres. Imaginé au début du XXe siècle pour attirer les touristes en montagne, l’itinéraire est balisé sur une grande partie de son parcours. À moto, comptez cinq jours à un rythme agréable, six si vous voulez flâner ou ajouter un détour.
Préparer la traversée
La plupart des motards la font du nord vers le sud : on commence par les cols verts de Haute-Savoie, on monte en puissance jusqu’à l’Iseran et au Galibier, puis on descend vers la lumière de la Méditerranée. Réservez vos étapes à l’avance en juillet et en août, car les villages d’altitude se remplissent aussi de randonneurs et de cyclistes. Emportez des couches chaudes même en plein été : au sommet de l’Iseran, il peut faire moins de 5 °C quand il fait 30 °C à Menton.
Prévoyez aussi un jour de marge. Un orage, un col fermé par la neige ou simplement l’envie de rester une nuit de plus à Briançon peuvent bousculer le programme, et c’est bien plus agréable quand on n’est pas pressé.
Jour 1 : de Thonon-les-Bains au Beaufortain (environ 150 km)
Quittez Thonon par les gorges de la Dranse, étroites et ombragées, puis montez vers Morzine et le col des Gets. Redescendez sur Cluses avant d’attaquer le col de la Colombière (1 613 m), dont la partie haute serpente entre les rochers avant de basculer sur Le Grand-Bornand. Le col des Aravis (1 486 m) suit, au-dessus de La Clusaz, avec le Mont-Blanc en face par temps clair. Par Flumet et le col des Saisies, vous arrivez dans le Beaufortain, le pays du fromage de Beaufort.
Jour 2 : du Beaufortain à Valloire (environ 190 km)
Le Cormet de Roselend (1 968 m) longe son lac de barrage avant de plonger sur Bourg-Saint-Maurice, dernier vrai plein avant la haute montagne. Remontez ensuite la vallée de l’Isère par Tignes et Val-d’Isère jusqu’au col de l’Iseran, à 2 764 mètres, le plus haut col routier de passage des Alpes. Le sommet est souvent venté et froid, avec des murs de neige en début d’été. La descente vers Bonneval-sur-Arc compte parmi les plus belles de France : un long ruban dans un vallon sauvage, puis un village de pierre aux toits de lauze. Suivez la Maurienne jusqu’à Saint-Michel-de-Maurienne et montez le col du Télégraphe (1 566 m) pour dormir à Valloire.
Jour 3 : de Valloire à Guillestre (environ 110 km)
Peu de kilomètres, mais une journée énorme. Dès la sortie de Valloire, le Galibier (2 642 m) grimpe dans un paysage minéral, sans un arbre. Au sommet, la vue sur les Écrins et la Meije vous arrêtera forcément. La descente rejoint le col du Lautaret, face aux glaciers, puis Briançon et ses remparts de Vauban. L’après-midi, attaquez le col d’Izoard (2 360 m). Son versant sud traverse la Casse Déserte, un chaos de pierriers et de cheminées de roche qui ne ressemble à rien d’autre dans les Alpes. Descendez par le Queyras jusqu’à Guillestre.
Jour 4 : de Guillestre à la vallée de la Tinée (environ 140 km)
Le col de Vars (2 109 m) vous mène dans la vallée de l’Ubaye et à Barcelonnette, dont les grandes villas rappellent les émigrés partis faire fortune au Mexique. Depuis Jausiers, la route grimpe au col de la Bonette (2 715 m) ; une courte boucle autour de la cime monte à 2 802 mètres, souvent présentée comme la route la plus haute d’Europe. Faites-la : la vue à 360 degrés vaut chaque mètre. La longue descente par Saint-Étienne-de-Tinée suit ensuite les gorges de la Tinée vers le sud. Le tracé officiel passe plutôt par le col de la Cayolle (2 326 m), plus étroit et plus sauvage : les deux méritent le voyage, et rien ne vous empêche de garder l’autre pour une prochaine fois.
Jour 5 : jusqu’à Menton (environ 110 km)
La dernière journée traverse les Alpes-Maritimes par un enchevêtrement de petits cols, dont le col Saint-Martin et le col de Turini (1 607 m), rendu célèbre par le rallye de Monte-Carlo, avec ses épingles serrées sur les deux versants. Depuis Sospel, le col de Castillon vous dépose à Menton, au bord de la mer.
Les routes
Le revêtement va de l’excellent au franchement dégradé. Sur les hauts cols, attendez-vous à des bords de chaussée cassés, à des gravillons après les orages, à des nids-de-poule laissés par le gel et à des passages étroits sans glissière. Les descentes sont longues : utilisez le frein moteur, gardez de la marge et faites des pauses, car la fatigue arrive plus vite qu’on ne le croit en altitude. Les cyclistes sont présents dans chaque montée, les troupeaux sur les alpages, les camping-cars dans les épingles et dans les tunnels.
Faites le plein dès que vous le pouvez : il n’y a pas de station sur les cols et certaines sont fermées le dimanche ou le soir dans les petits villages. Bourg-Saint-Maurice, Briançon et Barcelonnette sont les étapes sûres.
Quand partir
Les très hauts cols (Iseran, Galibier, Bonette) ouvrent en général en juin et ferment en octobre, mais la neige peut les fermer plus tôt, plus tard ou même quelques heures lors d’un orage d’été. La période la plus sûre va de fin juin à mi-septembre. La mi-juin et la fin septembre sont plus calmes, avec des chambres plus faciles à trouver, mais le risque de tomber sur un col fermé est plus grand : vérifiez l’état des routes chaque matin auprès du département concerné ou de l’office de tourisme. En juillet, le Tour de France ferme les routes de ses étapes pour la journée, et la chaleur peut être forte dans le sud.
Variantes et détours
- La Croix de Fer et l’Alpe d’Huez : depuis la Maurienne, le col de la Croix de Fer descend sur l’Oisans, et les virages numérotés de l’Alpe d’Huez sont à deux pas. Une demi-journée de plus.
- Le Mont-Cenis : depuis Lanslebourg, un col large et rapide vers l’Italie et son grand lac.
- Les gorges du Verdon : en fin de parcours, quittez l’itinéraire vers Castellane. Notre guide des gorges du Verdon à moto décrit la boucle des deux rives.
Si vous passez par la Suisse ou l’Italie
Beaucoup de motards du nord de la France ou de Belgique rejoignent Thonon en traversant la Suisse. Sur les autoroutes suisses, la vignette est obligatoire, y compris à moto, et elle ne se vend qu’à l’année. Les règles de nos voisins, du péage aux équipements, sont réunies sur notre page rouler à moto à l’étranger.
Où dormir
Les étapes classiques sont le Beaufortain ou Bourg-Saint-Maurice, Valloire, Briançon ou Guillestre, Barcelonnette ou Saint-Étienne-de-Tinée, puis la côte. Retrouvez toutes nos adresses dans les hôtels motards des Alpes françaises, avec garage ou parking fermé. Pour un tour moins long, les Pyrénées offrent une autre grande traversée de cols, plus sauvage et moins fréquentée.